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La descente aux enfers (#3)

Les conséquences de mon égocentrisme extrême m’ont donc conduit à faire exploser ma famille. Oh, bien sûr, je ne suis pas le pire des papas; je suis là tous les jours avec mes enfants quand ils sont chez moi. Je m’en occupe bien, selon leurs dires des années plus tard, je suis un chouette papa et très présent.

Sur le front de l’alcool, la consommation a pris des proportions intéressantes. Le pastis coule à flot au point que je finance les bouteilles à l’avance au night shop du coin pour qu’il y ait toujours du stock.
Je parle beaucoup de cette thématique avec un psychiatre dès 2007.
Oui, j’ai eu la présence d’esprit de demander de l’aide en quelque sorte.
Malheureusement, celui-ci élude toujours la question de l’alcool pour revenir sur mon enfance.
Il avait peut-être raison mais ça n’a pas aidé ma consommation.

Je me tourne alors vers une psychiatre qu’il me recommande, qui est elle spécialisée dans les addictions dans un célèbre hôpital de Bruxelles.
La proposition thérapeutique n’est pas l’arrêt, mais le contrôle de la consommation.

La, avec le recul, je suis obligé de dire que c’est utopique pour un alcoolique de contrôler sa consommation sur une longue période.
Au bout de deux ou trois semaines de séances, je mentais déjà sur ma consommation réelle.

Donc, je reprends ma vie tranquillement, consomme de plus belle, travaille et suis de plus en plus à l’aise financièrement, très heureux de ma vie de célibataire avec les enfants une semaine sur deux…enfin, heureux, c’est ce que je crois.
Je suis totalement isolé dans mon monde d’égoïste, même si je semble normal au milieu des autres, je n’en reste pas moins extrêmement seul, triste, perdu et avec beaucoup d’idées noires qui pourraient me conduire à l’irréparable comme on dit.

C’est là que la vie m’envoie ma seconde partenaire de vie, comme un signe et une raison de refaire surface. Je suis très amoureux, j’ai 48 ans, et un an plus tard nous nous installons ensemble.

Nous formons une nouvelle famille en quelque sorte, avec mes deux enfants et sa fille, nous passons de merveilleux moments. Elle me suggère d’arrêter de boire du pastis car c’est vraiment pas agréable que je sois de mauvais poil et agressif et c’est ce que le pastis provoque de plus en plus souvent. 

C’est le début des bouteilles de vin par cartons, la vie super sympa de couple qui s’aime, les voyages, avec et sans enfants, la rénovation de la maison, et des projets pour le futur. C’est sans compter la progression fatale de cette maladie qu’est l’alcoolisme.

Cette progression commencée il y a presque 25 ans. Je suis dans ma 52ème année, 2013, nous faisons le projet de nous installer au soleil, à l’étranger…je crois que la vie va être enfin belle alors que cela fait des décennies qu’elle l’est, mais que je ne le vois pas.

Comme la maladie continue sa progression, l’improbable perte de raison se produit. Je pète les plombs tout à fait et, à l’heure où j’écris ces lignes, je ne sais toujours pas quelle mouche m’a piqué.
Je décide de quitter ma compagne et Bruxelles pour aller m’installer sur une île de la méditerranée. J’ai 53 ans et le pire est à venir.

Je travaille sur place, gagne bien ma vie, passe mes soirées dehors au gré des rencontres, bois comme un trou, et répète ce scénario jour après jour. A l’aube de mon 54ième anniversaire, ma consommation est devenue grotesque: j’ai en permanence un stock “tampon” de 12 bouteilles de vin chez moi (en cas d’urgence), et je vais tous les jours chez un grossiste ramener un carton de bouteilles vides et reprendre un carton de pleines.

De l’apéro mondain de début de soirée (un verre), je suis passé à une consommation effrénée dès que mon corps le permet, j’ouvre la première bouteille de la journée, bien avant midi. Je ne sors plus le soir, je m’isole avec ma petite amie du moment qui semble trouver ça normal, bref je vais frôler la folie.

Et c’est après plusieurs mois sur cette pente glissante qu’à 54 ans et demi le miracle se produit: je demande de l’aide et je vais en recevoir car je suis enfin prêt à écouter.

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